Conversation téléphonique avec un client, il y a 15 jours :
"-Bonjour Sophie...
-M. Dupont? Ah non, ce n'est pas Sophie, c'est Julia XXXX. Mon assistante s'est absentée. En quoi puis-je vous aider M. Dupont?
-Ahhhh Julia, si vous pouviez avoir le châssis de Julia Roberts!
-(sèchement) J'en ai [… (lire la suite)]
Conversation téléphonique avec un client, il y a 15 jours :
"-Bonjour Sophie...
-M. Dupont? Ah non, ce n'est pas Sophie, c'est Julia XXXX. Mon assistante s'est absentée. En quoi puis-je vous aider M. Dupont?
-Ahhhh Julia, si vous pouviez avoir le châssis de Julia Roberts!
-(sèchement) J'en ai déjà le sourire, cela devrait être suffisant.
- (...)
-Comment puis-je vous aider M. Dupont?"
Il y a 7 ans, j'aurai été incapable d'une quelconque réparti. Mais j'entrai à peine dans le monde du travail.
Entretemps :
-j'ai été embauchée au plus bas échelon, dans le call-center de l'entreprise, sous prétexte qu'il fallait que je "maîtrise" les produits vendus. Nous étions 6 filles à être recrutées, toutes bac+3 à bac+5, souvent bilingues ou trilingues. Le poste, censé duré 6 mois, s'est prolongé entre 1 à 3 ans malgré de bons résultats et nos demandes réitérées pour évoluer. Plus tard, j'ai pu observer que le recrutement masculin se faisait, à niveau d'étude comparable, pour des postes de cadres de 1er niveau.
- A l'époque, il y avait 60% de femmes dans l'entreprise, la plupart employées. Le middle management était majoritairement masculin, le management de haut niveau comptait 4 femmes (pour 1500-1800 salariés).
- dans le service suivant, l'assistant gagnait autant que la jeune manager.
- quand un poste s'est libéré, il a été proposé à un assistant d'à peine 1 an d'ancienneté, alors que j'en comptabilisait 3 et que j'avais suivi pendant 2 ans des cours du soir pour optimiser mes compétences. Le directeur était un homme.
- mon évolution s'est faite aux forceps, parce que j'ai eu une opportunité ailleurs et que cela s'est su. J'ai quand même dû faire une période de formation/probation de 3 mois : si elle n'était pas réservée aux femmes, les hommes qui l'ont suivi n'avaient pas une expérience préalable longue de 3 ans.
- ma collègue, à son retour de congé maternité, s'est vu refuser une promotion malgré d'excellents résultats.
- un "vivier" de potentiels a été créé. Destiné à l'origine pour les plus talentueux, il a représenté en moins d'un an 70 personnes, toutes cooptées selon des critères qui n'avaient rien à voir avec les résultats ou le niveau d'étude. Notamment parce qu'untel partageait les parties de chasse avec untel autre...
Difficile malgré tout cela, parce que les situations sont complexes, de tout mettre sur le compte du sexisme. La prise de conscience est venue récemment, à la lecture de l'essai de Pap Ndiaye sur "la condition noire, essai sur une minorité française". Alors que l'auteur décrit les types de minorités (la minorité pluraliste : qui souhaite voir reconnue sa spécificité ; la minorité assimilationniste : qui réclame son intégration dans la majorité ; la minorité sécessionniste : qui veut sont indépendance ; la minorité militante : qui aspire à la domination), j'ai constaté que la notion de minorité s'appliquait aussi bien aux femmes.
Et alors que, comme beaucoup de femmes de ma génération, je ne me reconnais pas du tout dans le modèle féministe agressif associé chiennes de garde, je décide aussi, après avoir lu votre ouvrage, de me réclamer féministe et d'entrer en résistance.
D'autant qu'à 30 ans, célibataire sans enfant, toute ambition professionnelle s'est transformé au cours des années en frustration sourde et un sentiment vague que ma "carrière" est déjà jouée. Ma résistance sera de prévenir les toutes jeunes femmes entrant dans le monde du travail, et de leur faire lire "le petit traité contre le sexisme ordinaire" afin qu'elle le décode et le combatte...
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Publié le 09 Février 2010
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